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Écrire le corps est l’un des enjeux les plus pri­mor­diaux auquel se confron­tent les auteurs les plus divers. De Monsieur Bloom dans ses cabi­nets au goût de la made­lei­ne de Marcel, en pas­sant par le vieil Achab qui a son mal che­villé au corps, les pro­blè­mes de foie de l’homme du sous-sol, ou enco­re l’attente fébri­le de Julien Sorel devant la por­te de Mme de Raynal.

Objet his­to­ri­que, le corps est sou­mis à des nor­mes qui peu­vent variées plus ou moins for­te­ment. Châtiments cor­po­rels. Hygiène. Façons de table. Apparence phy­si­que confor­me, non-confor­me, valo­ri­sée, stig­ma­ti­sée. Corps qui se pare, se cache, entre osten­ta­tion, dis­cré­tion et dif­fé­ren­cia­tion. Corps har­ce­lés, bru­ta­li­sés, frus­trés, mala­des, dimi­nués, empê­chés, mou­rants. Désir, pas­sion. Corps qui s’aiment, corps dans l’attente de s’aimer, qui se recon­nais­sent, s’affrontent, se récon­ci­lient, se domes­ti­quent.

Le corps est le pre­mier signe exté­rieur d’appartenance socia­le que l’on offre aux regards d’autrui.

Réceptacle des émo­tions. Gêne, exul­ta­tion, rou­ti­ne. Incorporation des savoir-fai­re et des savoir-être.

« Apprendre par corps » : dis­ci­pli­ne sco­lai­re, récep­tion doci­le du savoir et du pou­voir dans leurs for­mes dou­ces et bru­ta­les. Attente aux gui­chets. Répression des indis­ci­pli­nes. Corps enfer­més dans des ins­ti­tu­tions tota­les où l’esprit ges­ti­cu­le. Le corps-outil, dis­ci­pli­nes pro­fes­sion­nel­les, divi­ser les ges­tes, à la chaî­ne et à l’atelier. Le corps spor­tif qu’il faut domp­ter et fai­re tenir. Capital de for­ce phy­si­que qu’il faut entre­te­nir et met­tre en dan­ger de façon rai­son­née. Usage ratio­na­li­sé du corps.

Le corps et l’esprit. L’hostie.

Le corps en ter­re.

Ce mois-ci, ce sont les corps que nous dis­sé­mi­nons.

Jour de dis­sé­mi­na­tion: ven­dre­di 28 février

Pierre Cendrin